Article de Presse concernant la pianiste Edna Stern

Cette artiste participera à la première saison du festival dans le cadre du théâtre de verdure lors de la programmation du quatrième concert.

Chopin par Edna Stern

Le Bach 2009 d’Edna Stern nous avait sans réserve séduits. Un grand souffle tout en vitalité et expressivité animait Préludes, Fugues et Chorals d’un « Cantor » de chair et de sang.
Cette grande liberté de ton se retrouve dans cet album Chopin, qu’Edna Stern, en artiste tout à fait décomplexée, vient d’enregistrer. Volonté de se singulariser tel Glenn Gould, déclarant « Je me refuse de penser que l’acte recréateur soit différent de l’acte créateur » ?Non, pas d’arrogance, des convictions. Mais cette jeune artiste si mature, une forte personnalité pleine d’aisance, en possession de moyens techniques et esthétiques admirables, exprime un Chopin comme nous le concevons : un compositeur qui ne s’autorise que lui-même, qui « produit » une musique affranchie de toutes influences littéraires, religieuses ou …musicales.
Musique de l’intime qui n’a pas recours à l’image mentale, celle-ci n’imite personne, ne traduit rien, ne reproduit rien.
Wolfgang Hidelsheimer dans sa biographie de Mozart affirme que « sa musique fait écran avec les drames de sa vie quotidienne et ses contingences et que ses réactions psychiques aux diverses circonstances de sa vie ne sont pas mises en lumière par son œuvre. » Ce propos vaut tout autant pour Chopin.Et c’est ainsi qu’Edna Stern nous immerge dans une musique qui puise sa vitalité, son énergie, sa sève dans la seule pureté du génie de Chopin. Un monde sonore « sui generis ».

Edna Stern va nous tenir en haleine une heure durant par un récit captivant composé de Ballades, Préludes, Sonate et Valses. Dès l’Andantino en fa mineur des trois nouvelles Etudes, l’élève de Kristian Zimmerman distille ces effluves de mélancolie (« Un deuil sans objet » selon la belle formule de Jean Clair) qui tiennent plus au détachement, à la sobre résignation qu’à celle d’une âme en détresse. Et c’est ainsi que nous serons séduits par ce fil que notre interprète déroule, jouant de cette arythmie mouvante, inattendue, parfois ambigües mais sans aucune afféterie. (Valse n°12… irrésistible…)
Le choix d’un Pleyel de 1842 à simple échappement n’est pas un maniérisme. On pourra même imaginer que sa conduite doit être autrement moins aisée qu’un grand Steinway à direction assistée. Des aigus limpides, un medium soyeux, des graves profonds sans être caverneux concourent à ce « cantabile » dont Chopin avait le constant souci et qu’Edna Stern restitue avec naturel et sobriété (…)
Edna Stern, exquise et subtile narratrice, loin de toute rhétorique ou conception envahissante, propose plus qu’elle n’impose, suggère plus qu’elle ne dicte, montre plus qu’elle ne démontre. Ce faisant, elle nous rend entièrement réceptif, ouvert sur nos propres sensations, libre d’entendre notre propre Chopin.Une musique au-delà de la musique.

Gérard Abrial - www.easyclassic.com

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